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17 novembre : on y va ou pas?

November 11, 2018

"Hé Cemil, tu as entendu parlé du 17 novembre?" me demande un ami par message le 26 octobre.

 

J'effectue une recherche rapide, et non: rien. 

Normal ça venait non pas des canaux traditionnels (syndicats, partis, associations, ONG) mais du réseau.

De nulle part.

Vraiment?

 

La hausse du prix des carburants, voilà la source du courroux de la ou des personnes qui, ce 23 octobre 2018, lançaient sur les réseaux sociaux, un appel à mobilisation le 17 novembre.

 

Mieux : à bloquer tout le pays.

 

D'abord une pétition lancée par une automobiliste mécontente, puis une vidéo Facebook d'un internaute s'affichant soutien du parti "Debout la France" de Nicolas Dupont-Aignan, qui, souvenons-nous, faisait du gringue au "Front National" de Marine Le Pen aux dernières présidentielles.

 

Mais qu'exigent ces appels aux blocages? 

"Une baisse des tarifs de l'essence." 

Point à la ligne et on retourne à nos vies bien rangées? 

 

J'ai le sentiment de voir dans cet appel au blocage quelque chose de conservateur, là où nous devrions être progressiste. Et ça, ça m'est insupportable.

 

Alors je finis par m'exprimer, comme tout le monde, sur les réseaux. C'était il y a un peu plus de 2 semaines.

 


Suite à ma réaction publique, de nombreux retours me sont parvenus, donnant lieu à tout autant d'échanges d'arguments qui sont venus nourrir ma réflexion de départ.

 

Nous avons mille raisons d'occuper la rue, de bloquer le pays.

 

Après des années de saccage de nos droits, de nos libertés sur l'autel du Capital Roi ; après des mois sous Macron où tout cela s'intensifie, où les précaires tirent la langue, crachent du sang pour que les riches puissants puissent l'être encore un peu plus ; à l'heure où le GIEC et ses experts scientifiques internationaux ne tirent plus la sonnette d'alarme mais hurlent à qui veut bien l'entendre qu'une  catastrophe climatique et humanitaire sans précédent est sur le seuil de notre porte commune... aucune réaction ou presque, aucun sursaut populaire massif, mais une passivité encore bien dominante.


Tout bloquer pour seulement retrouver un pétrole accessible et bon marché me semble alors en totale contradiction avec ce qui devrait être exigé à la vue de nos connaissances scientifiques actuelles et face à l'urgence de la situation.

 

 

Mais à l'urgence climatique, qui conditionne tout le reste, il y a comme un écho social. L'urgence est aussi de ce côté là. Ces milieux ruraux, où l'arrivée de la voiture-reine a justifié la fermeture des gares de trains et lignes de bus et de trams.

 

Laissant des territoires entiers et très étendus ultra-dépendants des véhicules individuels à combustible fossile. 

 

La disparition programmée des autres services publics (écoles, crèches, bureaux de Poste, etc.) et la concentration des commodités et commerces dans des ZAC toutes neuves de béton en périphérie, n'a fait qu'accentuer le problème. 

 

Je viens de la campagne, j'ai vécu une très grande partie de ma vie dans un hameau Vosgien, sans RIEN. Mais vraiment rien à des km à la ronde !
La voiture je connais, mais je sais très bien que nous n'en sommes pas condamné. Ni au pétrole.
Car sinon, nous sommes condamné tout court.

 

Mais si il y a bel et bien une urgence climatique, il y a aussi une urgence sociale.

Celle qui touche tout de suite au porte monnaie de millions de citoyennes et de citoyens, qui, avec ces explosion de prix et sans alternatives pour les transports, se retrouvent pénalisés, coincés.

 

Certains des plus précaires, parfois les plus âgés, souvent ruraux, ne pouvant recharger leur stock de fioul pour se chauffer durant l'hiver qui arrive.

C'est inacceptable.

 

 

Alors oui, la tentative de récupération politicienne venue de l'extrême droite me dégoûte, mais ne m'étonne pas. Je trouve ça même plutôt logique.

 

Utiliser des colères populaires qui lui semblent primaires et virulentes afin de les amener là où elle le désire, quitte à les tordre un peu, l'extrême droite en a l'habitude.

 

Personne n'est dupe.

Où étaient Marine Le Pen et son pote Dupont-Aignan lors des précédents mouvements sociaux quand il s'agissait de défendre les droits des travailleurs, des étudiants, des retraités? Où étaient Marine et Nico quand nous marchions toutes et tous pour le climat partout en France et dans le monde? Chez eux.

 

Marine Le Pen a même plutôt pour habitude de criminaliser les manifestants et ne rate pas une occasion médiatique pour leur taper dessus.

 

Se sont-ils alors brusquement découvert socialistes? Humanistes? Progressistes?

La blague.

 

La supercherie est si énorme que je pense qu'elle se passe de commentaire.

 

 

 

Emmanuel Macron lui aussi n'est pas dupe.
En proposant d'offrir des "chèques carburant" aux automobilistes et en annonçant une baisse drastique du coup du permis de conduire, le président "Champion de la Terre" dézingue son initial argument écologique pour finalement miser sur un discours économique.

 

De l'environnement, la Macronie s'en contrefout (la France ne respecte pas ses engagements prit à la COP21) et préférer parier que les français aussi préfèrent leur pouvoir d'achat à tout le reste.

 

Pour ma part, je reste convaincu que les choses ne sont pas manichéennes.

Que ceux qui sont réellement dépendants de leur voiture pour vivre, ne sont pas obligatoirement insensibles à la question environnementale. Je n'en vois d'ailleurs aucune logique naturelle.

 

Le capitalisme montre encore ici son incompatibilité avec la défense de l'intérêt général.

Nous savons que l'heure est grave mais il reste bien plus doué à faire des pirouettes pour assurer des revenus croissants aux actionnaires du CAC 40 plutôt que de se réformer dans l'intérêt de tous en prenant des mesures fortes pour, par exemple, offrir des alternatives sérieuses en terme de transport.

La situation démontre aussi nos incohérences et notre incapacité, à nous peuple, d'opérer des changement radicaux dans notre quotidien individuel.

 

70% d'entre nous utilise quotidiennement sa voiture pour aller travailler alors que dans le même temps, la part de la population vivant en milieu rural ne fait que baisser, pour atteindre 20% en 2017.

 

80% de la population française vit donc en milieu urbain, doté de transport en commun et jouissant de services publics de proximité.

 

Pire, quasi 60% des français vivant à moins d'1 km de leur travail, s'y rendent en voiture !

Ils ont sans doute perdu le mode d'emploi de leurs jambes.

L'argument de la dépendance technique à la voiture pour aller travailler ne tient donc pas.

 

 

 

 

Tout ça pour dire qu'à la vue de ces données, dans l'écrasante majorité des cas, politiciens, industriels et citoyens sont, dans leurs actes, très clairs.

Un changement est pourtant immédiatement possible, mais personne ne souhaite vraiment s'y mettre.

 

Pourquoi alors tant de bruit si, au fond, tout le monde semble être d'accord?

 

Serait-ce la minorité, militante progressiste, qui arrive à donner de la voix?

Voix argumentée qui résonne quand même chez la majorité immobile, dissonante?

 

Peut-être.

Alors? On y va ou pas le 17 novembre?

 

Je me dis que si ça permet à des personnes fragiles de se chauffer cet hiver et de pouvoir continuer à se rendre à l'hôpital situé à 50km de chez eux, alors ça vaut le coup.

Juste pour ça, ça vaut sûrement le coup.

 

Et je me dis aussi que ça n'est pas suffisant, que ça ne peut pas être une fin en soi.

Qu'avec tout ce que nous savons désormais, il serait criminel de réussir à secouer enfin tout le pays pour seulement retrouver une certaine capacité de consommation et la conserver ad vitam æternam.

Signant là notre arrêt de mort commun dans un avenir proche.

Il est toujours difficile de donner son avis, je dirai même ici, d'avoir un avis.

Aujourd'hui j'ai tenté, une fois encore, de te le partager le plus réfléchi et sincère possible avec toi.

 

Quoi que nous fassions ce 17 novembre, il me semble plus que jamais nécessaire d'agir selon ce qui nous semble le plus juste.

 

Car en réalité, dans ce merdier Titanesque qu'est le monde humain, subissant inertie folle et dissonance hors concours, quelle est notre réelle marge de manœuvre pour éviter l'iceberg et le naufrage?

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